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Historique de Morini 500 N° de serie W3868

Par Franck

De mémoire fin 2009 début 2010

Achat le 30 avril 1979 chez Jean Souper à Montgeron (91) au prix de 14500 Francs + 250 de mise en route, j’ai 22 ans.
Ce n’est pas le prix normal mais en regardant la facture des années plus tard je me suis aperçu que madame Souper s’était trompé dans sa soustraction quand il a fallu déduire l’acompte du prix total pour que je fasse le chèque. Quand je l’ai payé cash, différence, 2000f, à mon avantage.

L’achat

Un vendredi je suis passé avec un copain chez Jean Souper, grand concessionnaire des années 60/70 qui vendait de l’anglaise et de l’Italienne mais pas seulement, là il y a une 500 Morini neuve. Elle est jolie on la regarde sous toutes les coutures. Moi je roule sur une TS 400 Suzuki un peu pourrie. Mon pote me dit, achète-la elle est superbe. Je viens de vivre deux expériences vraiment pénibles avec deux 750 sport Ducati modèle 1973 en quelques mois et je n’en suis débarrassé que depuis quelques semaines, alors j’hésite à repartir sur de l’italienne.
Dans la soirée l’idée fait son chemin, et le lendemain je retourne chez Jean qui m’annonce que la moto est vendue.
« Et bien puisque c’est comme ça, j’en commande une » je lui dis. Je lui fais un chèque de 2000 frs, et signe le bon de commande.

La livraison

Le mercredi suivant elle est livrée.

Je suis tellement impatient, que je participe au déballage de la caisse et au montage des accessoires. Au moment de monter le rétroviseur, celui qui est livré avec et qui est noir mat, ne monte pas sur la cocote d’embrayage car son diamètre est de 8 mm alors que la filière d’accueil est de 10 mm. Henri le meccano trouve la solution en démontant le rétro d’une CB 400 N Honda en magasin.
Moto Morini 500 W3868 a donc été livrée d’origine avec un rétroviseur Honda chromé et chaque fois que j’ai eu à le changer je me suis fourni chez Honda. Honnêtement, j’ai gagné au change.

Vacances et premiers emmerdements

Premier voyage direction la Corrèze avec une passagère, début juillet et premier souci, je perds les demi-lunes qui bloquent l’échappement arrière et le joint est détruit. Dépannage chez Yamaha à Clermont-Ferrand.

Les échappements qui se desserrent sont un problème récurrent sur cette moto. 2 solutions, soit il faut faire un trou dans une ailette au dessus et freiner avec un fil de laiton, soit il faut investir dans une clef à ergot de très bonne qualité d’un modèle avec un second ergot articulé et ne pas hésiter à serrer comme une brute en mettant de la pâte au cuivre sur le filetage pour éviter que ça grippe.

Après la Corrèze en duo, le Castelet en solo pour le GP de Suisse via le Larzac, à fond la caisse. Puis quelques bourres sur la Corniche et dans le Lubéron. Tiens, Morini atteint les 5000 Km, je suis à Lacoste pas loin d’Apt comme il ne faut pas trop se faire d’illusion sur la disponibilité d’un concessionnaire du coin pour faire une révision, je me penche sur le réglage des soupapes…
Ouh !!! la la !!!… Il y en a une qui fait la gueule. Elle ne doit même plus fermer, une demi-lune est directement en appui sur le culbuteur.
La queue de soupape est désagrégée, comme rongée à l’acide. Comme je campe chez des copains ils me conseillent de filer sur Avignon. Là, point de salut, pas de concessionnaire, en revanche il y en a un à Monteux, 84 Vaucluse. Je repars. Je suis très bien accueilli par le mécano local qui est aussi concessionnaire Honda, Ducati.
J’ai fait tous ces kilomètres sans rien changer à la disposition du culbuteur et de la soupape en cause, mais ce monsieur me dit de ne pas insister quand même, et il m’emmène sur sa Goldwing au camp de camping ou je vais passer une semaine à attendre mes pièces.
Comme je n’ai pas acheté la moto chez lui nous convenons d’un deal, je paye les pièces parce que les conditions pour faire marcher la garantie sont un vrai bordel et lui me prête, son atelier, ses outils, et les conseils de ses mécanos autant que nécessaire. Il me fait une facture que je me ferai rembourser au retour par Jean Souper, nickel.
Je me souviens que le prix d’1 soupape, 2 demi-lunes, 1 joint de culasse, et de 2 joints de cache culbuteur coûtaient moins de la moitié du prix d’une soupape de 500CX Honda.

Au cours des six premiers mois qui couvraient la garantie et 10000 kms, j’ai cassé trois soupapes de cette manière, la troisième fois elles ont toutes été changées pour un modèle différent. Avec des demi-lunes et des coupelles qui n’avaient pas la même forme.
J’ai, à l’époque croisé un type qui se vantait d’en avoir changé 21. Enfin c’est ce qu’il disait, moi je n’aurais pas attendu un tel nombre pour lui foutre le feu.

Et me voilà reparti pour la Corrèze puis les Landes, Paris…

(Premier Kit Chaine) et ensuite la Vendée en août, le Castelet pour le Bol d’or en Septembre.
Aller (800 Km) dans la nuit du vendredi au samedi à fond la caisse, retour le dimanche soir à fond la caisse. J’ai fait ce trajet dans ces mêmes conditions 6 ou 7 fois avec Momo.
Régime de croisière 7500 / 8000 sur l’autoroute, le plein tous les 100 kms à peu près, je crois que c’est ce qu’elle n’a pas aimé en fin de compte.
Car à 30000 kms le moteur était complètement mort fin 1981.
Cylindres ovalisés, segments cassés, soupapes cuites, vilebrequin usé jusqu’à la corde, palier lisse bouffé aux mites, et même le roulement à billes côté transmission, défoncé par l’usure. (Je l’ai conservé en souvenir dans une boîte).
Quand à la boîte je l’avais déjà démontée deux fois pour des problèmes de jeu et de rappel de sélecteur et changement de pignon. Et l’embrayage j’en avais changé au moins deux ou trois.

De toute façon à l’époque j’étais à fond partout. La chance a voulu que je roule sur une 500 Morini et pas une 500 Kawasaki.

Première mise en pièces

Donc mise au rancart de Morini faute d’argent de fin 1981 à septembre 1984.
En Juillet 84 j’achète un bas moteur à Grizzli un vendredi soir à la Bastille pour 1500 francs. Il y a un vilo chromé dur dedans
(d’origine le vilebrequin n’était pas traité sur cette version d’où sa fragilité au niveau du maneton) et une boîte neuve j’investis dans des pistons, première côte de réparation, des soupapes neuves, des guides, et au remontage un siège se décroche, donc je l’emmène chez YE Motori que je ne connais pas et qui me la remet en route.

YE Motori je l’ai découvert grâce à mon père qui travaillait dans le 18 éme, comme il n’y avait plus aucun autre concessionnaire en région parisienne je n’avais de toute façon pas beaucoup de choix.
On a même emmené ensemble Morini chez Eddi avec le fourgon de son boulot.

C’est reparti

Pendant 5 ans elle fera beaucoup de ville, et aussi beaucoup de route. Combien de kilomètres ? Environ 70 à 80000 à ajouter au 30000 précédents soit dans les 100000.

Alors, il a fallu tous les ans refaire, soit le haut moteur, soit les cylindres, soit le bas ou la boîte mais sans jamais cumuler tous en même temps.
L’avantage de cette moto c’est que tout est facile d’accès, et peu cher, en tous cas à l’époque et puis j‘avais pris l’habitude de stocker les pièces à l’avance. Par exemple, dans mon programme d’entretien si je venais de refaire les culasses, je savais que la suite serait l’embiellage. Donc comme j’avais un vilo en stock et des bielles, je les portais à rectifier à l’avance et quand celui qui roulait donnait des signes de fatigue, les dépenses immédiates étaient mineures, ainsi que les délais de réparations car j’avais presque tous sous la main. En plus j’ai habité à Levallois-Perret et il y avait tous les corps de métiers disponibles au coin de la rue.

Le seul truc qui ma donné longtemps du fil à retordre c’était les axes de piston qui étaient introuvables, à un moment ils étaient tellement usés que j’ai du faire rectifier des axes de 500 Laverda pour pouvoir rouler. Plus tard une amie (Tita Acerbis) m’en a trouvé en Italie et quand je les ai montés, j’ai senti la différence car ils étaient plus légers.

Le gros avantage de ce moteur sur beaucoup d’autres c’est de pouvoir fonctionner sans risque de panne ou de casse malgré des pièces hors côtes ou dans un état d’usure incroyable, mon ami Elmar me disait un jour, qu’un BSA ne tournerait pas 5 mn sans exploser avec le jeu à l’embiellage du moteur qui est monté en ce moment dans ma moto, et pourtant il roule comme ça depuis plusieurs milliers de kilomètres, d’abord dans sa moto puis dans la mienne.

Hormis le moteur, au fil du temps des modifs de confort se sont faite plus précises.
D’abord la boîte de vitesse, dont le sélecteur à une course trop longue : j’ai vite modifié les rapports de bras de levier pour diminuer celle-ci.

Ensuite changer les disques de frein pour de la fonte perforée. Dans mon cas, disques de 500 Laverda à l’avant et de Ducati Panta à l’arrière, il faut juste utiliser une lime pour ajuster les pinces avant et bricoler le support de pince arrière car il y a un différentiel de 1 mm dans le déport des disques.
Mon copain Elmar lui, a trouvé des disques en fonte qui montent sans modifs en Allemagne mais ils n’ont pas de trous.

Modifier aussi le faisceau électrique, pour supprimer les pertes qui ne laissent à ce pauvre phare que 8,6 volts pour éclairer la route.

Modifier l’appel de phare, pour pouvoir en faire lorsque le code est allumé.

Virer le démarreur, ce qui fait gagner du poids (8 kgs).

Limer la butée de kick, pour qu’il attaque de plus haut et ainsi améliorer les chances de démarrage.

Et enfin, monter deux câbles de gaz de longueur identique, pour avoir une carburation parfaitement synchronisée (voir section "trucs et astuces", note du webmaster)

Je lui ai tout fait, des balades, du moto boulot dodo, des vacances en Italie et en Corse (c’est là-bas qu’elle fonctionne le mieux, ne me demandez pas pourquoi) avec bagage et passagère, du transport de poste à souder, de sac de plâtre etc, etc… Enfin le boulot d’une mule quoi ? Elle s’en est très bien tirée de toute façon je n’avais pas d’autre véhicule alors c’était marche ou crève, et elle a marché, mais j’en ai pris soin pour ça.
Tout de même elle le méritait, et je n’avais pas le choix.

Patatras

Et puis en juin 89 une auto nous a mis au tapis tous deux.

J’avais déjà commandé une Gilera Saturno Bialbero pour la remplacer dans mon usage quotidien, mais je ne savais pas qu’il me faudrait attendre 11 ans pour la réparer.

Et de deux

En janvier 2000 j’échange un Cucciolo contre une remise en état du cadre, avec mon vieil ami Jean. Puis peinture, je trouve une fourche neuve, chez Eddi Caligaro et quelques bricoles de-ci de-là en bourse, comme une selle un tableau de bord… Le reste est réparable, comme au moment de l’accident le moteur venait d’être refait (embiellage et culasse). En avril j’ai du temps et en un mois de travail voilà Momo repartie pour de belles balades, tout au long de l’année et juste pour le plaisir, soit environ 3500 à 4000 kms par an en moyenne.
Le seul problème a été de trouver les bons réglages de carburation avec le nouveau carburant, le « SP98 » c’est ce qui va le mieux.
Là, il a fallu enrichir un maximum pour qu’elle tourne. En revanche après contrôle des soupapes et vue le taux de compression j’ai laissé tomber le Pro Boost et autres aditifs, c’est une dépense superflue.

Lorsque je roulais dans les années 80 avec du carburant dit « super plombé » la consommation moyenne était de 3,5 litres au 100 kms avec des records sur trajet routier à 2,6 litre au 100 kms en roulant entre 110 et 120 km/h de croisière, car ce moteur à besoin d’être réglé très pauvre pour bien fonctionner. En 2000 avec les nouveaux carburants qui sont bien moins performants, il était bien difficile de trouver les bons réglages d’une part, et d’autre part de déterminer quel était le bon carburant SP95 OU SP98. Et comme il a fallu enrichir, la consommation a beaucoup augmenté et se situe à environ 5 / 5,5 litres au cent minimum.
En ce début 2010 le choix est plus vite fait SP 98 sans hésitation, le SP95 étant remplacé par SP 95 E10, ce n’est pas la peine de perdre de temps et de l’argent avec ça, le résultat ne peut être que médiocre vue les effets sur ma Saturno (perte de puissance, plus de ralenti, détonations à la décélération).

Dernière modif en date montage d’un cintre plat en remplacement des bracelets parce qu’il y en a marre de ce casser le dos et le cou. Et là elle devient vraiment encore plus super.

En mai 2004 accrochage sur le périf parisien, bilan quelques éraflures pour Momo et surtout un tendon de biceps arraché pour moi, soit 4 mois sans moto et sans boulot.

Et de trois tel le Phénix

Mais c’est reparti après jusqu’en juin 2007, ou en essayant de régler l’avance à l’allumage, je découvre que le logement de demi-lune qui cale le volant magnétique dans la queue de vilebrequin, à pris du jeu… Que faire ? Ce moteur n’est toujours pas réparé à ce jour. Depuis cette date je roule avec un autre moteur qui m’a été prêté par Elmar et qui vient d’une épave que l’on s’est partagée il y a quelques années et dont j’avais débloqué les pistons au maillet et au dégrippant. Il est un peu rincé mais il tourne plutôt pas mal vu l’état général.

Cette 500 Moto Morini doit avoir parcouru entre 135000 et 140000 kms je ne sais pas vraiment.

Elle est assez facile à vivre. Si elle démarre mal, c’est que la synchro est à revoir. Si l’embrayage patine, c’est qu’il faut le nettoyer au trichlo. La chaîne est facile à tendre, et la roue arrière facile à démonter. Le moteur peut être démonté, et remonté par une seule personne (35Kg) en une journée avec peu d’outils, tout est accessible et évident, et sur la mienne qui est peut être une exception, le compte tour électronique, l’électrovanne, et le klaxon fonctionnent toujours après 30 ans. Si je n’avais pas acheté une Gilera Saturno après, je pourrais croire que ce serait la meilleure motocyclette du monde. (Un jour un type bien plus vieux que moi qui s’était arrêté à côté de moi avec une Moto Guzzi V50 m’a fait cette remarque).

En fait non ; mais je lui pardonne.

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